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Tripser avec Google

Chaque jour, chacun de nous utilise l’un des produits proposés par Google Alphabet Inc.. Cela concerne aussi bien le stockage de données (fichiers, photos, etc...), le service de courrier électronique et bien sûr le moteur de recherche. En contrepartie de cette gratuité, toutes ces données sont communiquées à Google [1] de manière (in)consciente et gratuite. S’il y a quelques années, celles-ci étaient principalement collectées à partir d’ordinateurs fixes, aujourd’hui et encore plus demain, c’est à travers nos smartphones que nous les communiquons lors de nos déplacements.
Formant une partie du big-data, Google propose de nous le restituer (en partie) depuis le 19 septembre au travers de l’application Google Trips. Certains pourront être tentés de dire qu’il s’agit d’une énième application ayant pour but de nous aider lors de nos voyages. Oui effectivement c’est le cas, mais avec quand même un atout de taille : l’importance des données mises à notre disposition. Elles proviennent en effet de la combinaison des données de Google Maps, du moteur de recherche, du webmail, des avis postés par les internautes. Et plus encore ! Par le biais de cette application, ce sont des millions de données collectées chaque jour, à tout instant qui sont restituées pour permettre de mieux voyager. Et cela sans que nous nous en rendions compte. La contrepartie ? La collecte de nouvelles données !! Le but même d’une killer app. Proposer aujourd’hui afin de collecter, pour demain proposer ce que nous avons communiqué hier .....Nous ne sommes pas face à ce que l’on appelle les « Humanités numériques » [2] mais face à une « Arme de destruction matheuse » [3] nous enlevant d’une certaine manière notre libre arbitre de choisir en faveur de tel ou tel lieux à visiter par exemple.

Ce préambule étant posé, intéressons-nous à l’application Google Trips. Utilisable aussi bien avec iOS qu’Android, voici tout d’abord une petite publicité vantant celle-ci, comme Google aime bien nous en proposer pour nous faire « acheter » ses produits. Comme à chaque fois, la ménagère de -50 ans n’a pas voix au chapitre, mais plutôt la jeune et (supposée) sémillante étudiante bien au fait des outils d’aujourd’hui mais de grâce il ne faudrait pas oublier les autres générations.


Après le téléchargement et l’installation de l’application et avant de basculer dans un autre monde toujours fort sympathique, puisque correspondant à nos attentes selon Google, intéressons-nous aux différents écrans de présentation de celle-ci. Lecture de l’anglais obligatoire, puisqu’elle n’est proposée actuellement que pour le public états-uniens. Cela se retrouve ainsi dans les informations fournies. Un exemple ? Trips propose pour Paris l’adresse de l’hôpital Américain dans sa page En cas d’urgence.

Les différents écrans de présentation de l'appli Trips

Les différents écrans de présentation de l’application à retrouver en plus grand en dessous de l’article


Qui dit application Google, dit adresse Gmail. C’est la clé en quelque sorte pour utiliser Google Trips. Mais attention, vous risquez d’avoir des surprises. En effet, l’agrégation de vos données ressurgissent là où vous ne les attendiez peut-être pas. Comme toute votre correspondance laissée en dépôt chez Google, est analysée en permanence, vous risquez fort de retrouver en première page le week-end éclair (à deux) à Rome datant d’il y a quelques années que vous aviez caché à votre autre moitié sous le prétexte fallacieux d’une tatie malade à Ploussy le Bry.
Sélectionnez une destination (ici Lisbonne) et déjà l’application vous propose dans la rubrique Réservation de retrouver vos Pass (billets, etc....) si vous les avez bien sûr stockés dans Gmail. Il en sera ainsi pour toutes vos données. Cela concerne aussi bien comme nous le disions vos réservations, mais aussi vos photos, vos notes, etc....

Ecrans de deux rubriques de Google Trips -Réservations & Things To Do -

A retrouver en plus grand, sous l’article


Chaque rubrique (nous en avons compté sept pour l’instant, mais d’autres pourraient apparaitre) est identifiable par un code couleur que l’on retrouve ensuite lors de la navigation à l’intérieur de celle sélectionnée. Bien sûr, à l’intérieur de chacune d’elle (en dehors de Réservations et Saved Places) nous pouvons facilement nous perdre en quelque sorte tellement les informations proposées semblent infinies. Cela concerne par exemple la rubrique Day Plans indiquant une suggestion de parcours suivant le lieu où nous sommes au moment X avec en prime le temps de déplacement (transport en commun, voiture, pédestre, etc...) entre les point A et le point B, en prenant en compte les embouteillages, les temps d’attentes, etc.... De plus, pour chaque lieu à visiter, l’adresse, téléphone, site web (le minimum) est indiqué ainsi que les avis porté par les personnes l’ayant visité précédemment. Il est possible de vous créer votre parcours qui pourra être ultérieurement rappelé si vous l’avez sauvegardé, suivant vos envies, vos délais, etc.... On se retrouve donc, comme nous le disions en préambule de cet article, face à un bouillonnement ordonné de données calibrées en quelque sorte, nous permettant de mieux appréhender nos déplacements.

Ecrans de l'application Google Trips - Rubrique Day Plans -

A retrouver en plus grand, sous l’article


Deux autres rubriques, Food & Drink et Getting around, vont vous permettre aussi de mieux coordonner vos déplacements aussi bien sur le moment que pour demain. Il s’agit pour cela de sauvegarder votre périple au moment où vous l’effectuez ou que vous le préparez. Cela vous permettra déjà de retrouver celui-ci dans quelques années. Mais surtout, en effectuant une sauvegarde lors de la préparation, vous pourrez retrouver les parcours et lieux si vous êtes à l’étranger tout en laissant votre smartphone en mode Avion (pour l’iPhone).
Vous aurez donc compris, que nous nous trouvons en présence d’un outil mettant toute la puissance de Google à notre service. Puissance de calculs par exemple pour nous donner nos temps de parcours, mais aussi puissance de l’information que Google garde en mémoire et prête à être utilisée. Nous avons un outil (presque) parfait pour nous déplacer, être informé mais surtout permettant de mieux nous libérer des guides (sur support papier et autres) afin de mieux apprécier LE voyage. Qu’il soit de quelques heures ou plusieurs jours.

Si pour certains un tel outil peut faire peur ( données recueillies, etc...), il est incontestable que les autres éditeurs comme TripAdvisor, Airbnb, etc... peuvent commencer à réfléchir pour améliorer au mieux leurs applications. Car celle que nous propose Google, risque fort d’en laisser quelqu’uns sur le bord de la route. De plus, par le biais de l’ajout de quelques API propriétaires ou tierces, il peut être raisonnable de penser que demain, nous communiquions avec nos contacts (échanges de photos, rendez-vous, messageries, etc...) sans quitter Google Trips. Mais aussi nous voir proposer des publicités ciblées lors de notre passage devant tel ou tel endroit que nous visitons.
C’est surtout, une manière pour Google de se retrouver à armes égales avec Facebook en ce qui concerne la « guerre » des réseaux sociaux, avec déjà dans sa manche, un atout précieux que son ennemi « bleu » ne maitrise pas encore tout à fait : la géographie des lieux. Il devrait lui permettre d’apporter le petit plus obligeant en quelque sorte aux utilisateurs de Google Trips de rester dans son éco-système.
Le second atout mais dont la méthodologie, surtout la mise en place, n’est pas encore suffisamment cernée par Google, pour ce qui concerne l’éthique, est le «  deep learning  ». Rappelons qu’il s’agit d’un ensemble de méthodes d’apprentissage automatique tentant de modéliser avec un haut niveau d’abstraction des données grâce à des architectures articulées de différentes transformations non linéaires, comme le définit si bien Wikipédia. Ces techniques doivent permettre l’analyse du signal sonore ou visuel et notamment de la reconnaissance faciale, de la reconnaissance vocale, de la vision par ordinateur, du traitement automatisé du langage. A titre d’exemple, le deep learning ou plus communément Intelligence Artificielle (A.I.) a permis cette année à un programme de Google, DeepMind, fondé sur cette technologie de battre au jeu de go l’un des meilleurs joueurs au monde – une prouesse que les experts n’attendaient pas avant dix ou vingt ans, comme le rappelle cet article du journal Le Monde (version abonné). Au vu des avancées actuelles mais aussi des possibilités offertes (Google Home, étant selon nous une première brique avec cet assistant vocal sédentaire) par ces deux ajouts (géographie et Intelligence Artificielle) il ne nous semble pas déraisonnable d’imaginer une appli prenant en compte nos goûts, nos envies, nos désirs mais aussi le contexte même de notre déplacement (professionnel, particulier, etc...) pour nous proposer avec l’aide de la réalité virtuelle par exemple, un champ, un espace, un lieu ou aller, dormir, etc.... Bref, prévoir en amont ce que nous voulons et ainsi anticiper nos envies.

Google Trips, n’en est pas encore là, mais au vu de ce qu’il propose aujourd’hui, nous sommes devant un futur « presque » parfait où il devrait tenir une place de choix pour se « déplacer ».


[1Pour une meilleure compréhension, alors qu’il nous faudrait dire Alphabet, nous utiliserons le terme Google, correspondant aujourd’hui spécifiquement au moteur de recherche et certaines filiales. Ce terme étant de manière usuelle pour la majorité des utilisateurs, la représentation de tous les services proposés par Alphabet. Pour connaître l’ensemble de ceux-ci, vous en trouverez une représentation graphique.

[2Elles se caractérisent par des méthodes et des pratiques liées à l’utilisation des outils numériques, en ligne et hors ligne, ainsi que par la volonté de prendre en compte les nouveaux contenus numériques, au même titre que des objets d’étude plus traditionnels. Les humanités numériques s’enracinent souvent d’une façon explicite dans un mouvement en faveur de la diffusion, du partage et de la valorisation du savoir.

[3Cathy O’Neil est l’auteur de ce livre qui explique entre autre comment les Big Data augmentent les inégalités et menacent la démocratie

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Par laurent, publié le jeudi 29 septembre 2016
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