Rubrique Geopolitique

No women No Peace (7)

<b>Place et sécurité des femmes dans les opérations humanitaires au Moyen-Orient</b> - <i>Le cas de la Syrie et ses voisins</i>
Voici la deuxième partie de ce mémoire intitulé Place et sécurité des femmes dans les opérations humanitaires au Moyen-Orient - Le cas de la Syrie et ses voisins -. Son auteur Pénélope G. nous a autorisé à le publier ici même, car il nous semblait intéressant de comprendre la place de la femme "intervenante" lors d’opérations humanitaires, surtout quand cela fait suite, comme la plupart du temps, à des conflits armés avec toute la souffrance et stress que cela engendre.

Précédents articles :
- No women No Peace (1)
- No women No Peace (2)
- No women No Peace (3)
- No women No Peace (4)
- No women No Peace (5)
- No women No Peace (6)

La sécurité des femmes en mission au Moyen-Orient



La sécurité des volontaires humanitaires n’a jamais été autant sur le devant de la scène internationale qu’actuellement. En effet, l’année 2013 a établi un nouveau record de violence contre les opérations humanitaires avec 251 attaques distinctes, touchant ainsi 460 travailleurs humanitaires. Au total, 155 humanitaires tués, 171 grièvement blessés et 134 enlevés, ce qui représente globalement une augmentation de 66 % du nombre de victimes par rapport à 2012 [1].
En sept mois, depuis le début de l’année 2016, 470 attaques envers des camps humanitaires ont été recensés [2].

« L’important, ce n’est pas de vivre, moins encore de « réussir », c’est de rester humain. » [3]

De nos jours, et depuis des décennies, le travail humanitaire international est reconnu comme étant l’une des professions les plus risquées. Toutes les professions, du personnel médical aux Casques bleus [4], sont particulièrement exposées lorsqu’elles opèrent sur des terrains de conflits, auprès des soldats ou des populations locales [5].
Lorsque l’on exerce un métier aussi dangereux, l’aspect « sécurité » de la mission, qu’elle soit militaire ou humanitaire, est essentiel, voire vital.

Dans cette seconde partie, nous nous intéresserons à la sécurité du personnel envoyé en mission, ainsi qu’à celle des Casques bleus. En effet, lorsque qu’un secteur est jugé trop dangereux, le CSNU peut être amené à faire intervenir des forces spéciales armées des Nations Unies, plus connues sous le nom de « Opérations de Maintien de la Paix (OMP) ».
Afin de comprendre la complexité du sujet dans sa globalité, en gardant toujours une approche tournée vers les femmes, nous évoquerons dans un premier temps les différents types de violences que peuvent encourir les personnes en mission et les raisons de celles-ci, avant d’analyser les évolutions des moyens de sécurité du secteur humanitaire.
Puis, nous étudierons les différents enjeux et impacts sécuritaires avant de réaliser un focus sur les femmes Casque bleus.
Enfin, nous proposerons une approche de l’évolution des mentalités au regard de la place de la femme dans les règlements de conflits. Pour cela nous étudierons les résolutions onusiennes ainsi que les différentes créations d’organismes pour la protection des femmes à travers le monde.

La sécurité dans les missions humanitaires


Ces dernières années, si l’on ne considère que la guerre syrienne, les attaques contre les civils, les hôpitaux ou structures humanitaires n’ont cessé d’augmenter, alors que les Nations Unies luttent pour interdire ces attaques du point de vue du droit international public. Ainsi, la résolution du CSNU adoptée le 18 décembre 2015, exige de toutes les parties « qu’elles mettent immédiatement fin à toutes attaques contre les populations ou les biens civils, y compris celles dirigées contre les installations et les personnels médicaux, ainsi qu’à l’emploi aveugle d’armes, tels que les tirs d’obus et les bombardements aériens. ». Malheureusement cette résolution n’a eu l’impact escompté.
Le 27 avril 2016, des frappes aériennes meurtrières ont visé un hôpital ainsi qu’une clinique à Alep, en Syrie. Ces attaques sont le fruit d’un véritable mépris pour la vie civile et sont « susceptibles de constituer des crimes de guerre », a déclaré Human Rights Watch en avril dernier [6].
Au-delà des attaques aériennes, accidentelles ou non, commises par la coalition internationale ou les rebelles syriens, des assassinats sont relativement ciblés contre le personnel humanitaire. On peut rappeler le meurtre d’un travailleur humanitaire britannique, David Haines, par l’Etat Islamique. Cet homme a été enlevé trois jours après son arrivée en Syrie, son compagnon italien Federico Motka a été libéré contre une rançon de plusieurs millions d’euros, tandis que David, lui, a été décapité quelques jours plus tard, décapitation filmée et publiée sur internet. Ce meurtre ignoble illustre les menaces constantes qui pèsent sur les ONG internationales opérant dans les conflits à haut risque.

Comment et dans quel but sont menées les attaques envers le personnel humanitaire, comment contrer ces menaces ? Voici des questions auxquelles nous essaierons de répondre dans cette étude. En effet, nous tenterons d’établir un historique des attaques subies par le personnel humanitaire en mission, en gardant à l’esprit la place et la condition des femmes dans ces différents évènements.

Les violences subies par les missionnaires


Le personnel humanitaire est sujet à un niveau de risque très élevé dans certaines missions et il est important de noter que ce sont des civils avant tout, contrairement aux Casques bleus par exemple. En effet, selon le Protocole additionnel aux Conventions de Genève I, II, III, et IV du Droit international humanitaire, « est considéré comme civile toute personne n’appartenant pas aux forces armées. » [7].

Etre, c’est être perçu, c’est l’obligation continue d’avoir conscience de notre perception et de celle des autres. Cela amène à trois niveaux de réflexion entre ce que l’on pense de nous-mêmes, ce que nous pensons des autres et ce que nous pensons qu’ils pensent de nous. » [8]

Avant d’évoquer les violences subies par les missionnaires, il est important de définir le terme « violence ». Selon la définition de Frédéric Gros, professeur de pensée politique à l’Institut des Etudes Politiques de Paris (SciencePo), «  La violence est un instrument de promotion, de socialisation, et surtout un instrument d’enrichissement. La violence peut aussi être un moyen de conserver le pouvoir, réel comme symbolique, ou même d’en obtenir plus en éliminant ceux qui le menacent. » [9]. Lorsque l’on parle de violences subies par le personnel humanitaire il peut aussi bien s’agir de kidnappings, de fusillades, d’agressions physiques, psychiques ou psychologiques, de violences sexuelles, de bombardements, d’attaques aux armes chimiques etc. Ces violences peuvent être commises par des groupes armés, des groupes terroristes, l’armée d’un pays, une coalition .internationale etc. Toutes ces violences sont un abus de la force ou une intimidation avec l’objectif de faire agir une communauté ou un dirigeant contre son gré, de provoquer une réaction. Les camps humanitaires ne sont pas censés être visés selon le Droit International Public, cependant, qu’il s’agisse d’attaques délibérées, d’actes de banditisme, d’accidents, de dommages collatéraux ou de bavures, les chiffres d’attaques et de violences ne cessent d’augmenter…

Raisons principales des attaques

Les attaques visant les personnels humanitaires, quand elles ne sont pas accidentelles, sont généralement liées à des motifs politiques, et sont utilisées pour faire passer un message à la communauté internationale afin de l’obliger à réagir. De plus, comme évoqué dans la première partie de cette étude, les ONG sont considérées comme des prolongements du monde occidental dans sa globalité et ne peuvent pas, en ce sens, être considérées comme totalement neutres. Comme l’a expliqué Béatrice Mégevand Roggo, directrice de la région Moyen-Orient auprès du CICR de 2007 à 2012, a expliqué dans la Revue Humanitaire « En tant que déléguée du CICR, je peux vous dire que le fait d’arborer un emblème considéré comme le symbole suprême de l’occidentalisme – une croix - nous pose un énorme problème. » [10].

Par ailleurs, le fait que les attaques s’intensifient d’année en année, est en partie dû au changement de la nature des conflits. En effet, ces dernières années, des groupes armés extrêmement violents envers les populations civiles émergent. Le terrorisme existe depuis des siècles, puisque le mot lui-même a été employé pour la première fois en 1794 alors qu’il désignait « la doctrine des partisans de la terreur. » [11]. Ces attaques étaient généralement très ciblées. En effet, dans les années 1970, il s’agissait principalement de terrorisme organisé par des partis d’extrême droite ou extrême gauche qui avaient pour but la provocation, la propagande, la vengeance etc. Or depuis le début des années 2000. Avec la création d’Al-Qaïda et l’attentat du 11 septembre 2001 à Manhattan, le terrorisme a changé de visage pour laisser place au terrorisme moderne. Ce terrorisme a toujours pour objectif de faire passer un message politique. Cependant, depuis que les terroristes ont compris qu’en touchant un maximum d’innocents, le message serait relayé de manière plus importante, les attentats surviennent partout et de manière totalement aléatoire.
François Rubio, professeur à l’Université de Webster à Genève, spécialisé des questions liées au travail humanitaire explique « Les combattants ne sont plus les mêmes. Avant, il y avait des guerres de libération, des guerres idéologiques. […] Aujourd’hui, on a beaucoup plus de mal à les identifier. Les rebelles se battent aussi bien pour des raisons religieuses que ‘gangstéristes. » [12]

Evolutions sur les années (données chiffrées)

Il ne s’agit pas tout à fait d’une coïncidence lorsque l’on s’aperçoit que le début de l’intensification des attaques envers le personnel humanitaire concorde avec le début du terrorisme moderne, à savoir, au début du XXIe siècle. En effet, en l’an 2000, nous comptions 41 attaques commises à l’encontre de personnel humanitaires à travers le globe. En 2014, ce chiffre a explosé jusqu’à atteindre 190 attaques. Depuis 15 ans, plus de 3000 humanitaires ont été tués, blessés ou kidnappés.

Nombre de violences commises sur le personnel humanitaire dans le monde depuis l'an 2000.

Carte proposée en plus grand format en bas d’article.
En cliquant sur l’image, vous serez renvoyé directement sur la carte interactive


Cette carte interactive [13] retrace le nombre de violences commises sur le personnel humanitaire dans le monde depuis l’an 2000. En rouge, les morts, en orange, les blessés et en blanc les kidnappés. On remarque bien le pic de violence en 2011 puis en 2013.
Il est également possible sur cette carte de sélectionner le type d’attaque. Si l’on sélectionne les « violences sexuelles  » par exemple, il apparaît que les pays les plus sujets à ce crime sont : l’Afghanistan, la République Démocratique du Congo et l’Indonésie.

Nombre de violences commises sur le personnel humanitaire plus particulièrement en Syrie depuis l'an 2000.

Carte proposée en plus grand format en bas d’article.
En cliquant sur l’image, vous serez renvoyé directement sur la carte interactive


Cette deuxième capture d’écran est zoomée sur la Syrie. Nous constatons que 108 humanitaires locaux et 19 internationaux y ont été attaqués entre 2011 et 2015.

...... (La suite dans le prochain article).


[1« Islam et humanitaire » Dossier RIS, (numéro 98), Editions Armand Colin, été 2015, p58

[2Article, « UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs », Relief Web, 19 août 2016

[3Michel Beaud, 1985, phrase inspirée de l’ouvrage de George Orwell « 1984 »

[4Force militaire ayant pour rôle le « maintien ou rétablissement de la paix et de la sécurité internationale », sur ordre du Conseil de Sécurité des Nations Unies (CSNU). Ils interviennent au sein des Opérations de Maintien de la Paix (OMP).

[5Article « Femmes et engagement humanitaire », Durable, p1-2

[6Article « Syrie : Les attaques contre des hôpitaux témoignent d’un mépris pour la vie humaine », Human Rights Watch, 30 avril 2016

[7Art. 50, PI (Protocole additionnel III (2005) aux Conventions de Genève I, II, III, et IV (1949) du Droit International Humanitaire).

[8Stéphane Vinhas « La sécurité des humanitaires en question », Revue Humanitaire, Tribune 2014. Stéphane Vinhas a été responsable des projets Moyen-Orient au département Long Terme de Médecins du Monde après plusieurs missions sur le terrain (Colombie, Pakistan, Mexique, Haïti, Liberia, Territoires Palestiniens)

[9Frédéric Gros, « États de violence », Paris, Gallimard, 2006

[10- Article « Quelle action humanitaire possible au Moyen-Orient ? » - Revue Humanitaire, hiver 2008, p4

[11Définition tirée de « Le Trésor de la Langue Française Informatisé (TLFI) »

[12François Rubio, interviewé dans l’article de Caroline Piquet, « Pourquoi les agressions des travailleurs humanitaires explosent ? », Le Figaro, 19 août 2014

[13Carte interactive « Aid Worker Attacks, 15 years of data », 2015 IRIN / Humanitarian Outcomes

Certains nous signalent que les notes de bas de page ne s’affichent plus normalement à partir de la 10e note. Nous sommes au courant de ce bug et avons pris contact avec le développeur de ce plugin, qui n’avait pas jusqu’à présent rencontré ce souci. Patience... patience donc ! Vous pouvez quand même voir une partie de cette note de bas de page en passant le curseur de la souris sur le numéro affiché ( à partir du numéro 10, les précédents s’affichant normalement en cliquant sur le numéro de bas de page.)

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Par laurent, Penelope, publié le jeudi 5 janvier 2017
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