Rubrique Geopolitique

No women No Peace (5)

<b>Place et sécurité des femmes dans les opérations humanitaires au Moyen-Orient</b> - <i>Le cas de la Syrie et ses voisins</i>
Tout au long de la semaine, nous publions un mémoire intitulé Place et sécurité des femmes dans les opérations humanitaires au Moyen-Orient - Le cas de la Syrie et ses voisins -. Son auteur Pénélope G. nous a autorisé à le publier ici même, car il nous semblait intéressant de comprendre la place de la femme « intervenante » lors d’opérations humanitaires, surtout quand cela fait suite, comme la plupart du temps, à des conflits armés avec toute la souffrance et stress que cela engendre.

Précédents articles :
- No women No Peace (1)
- No women No Peace (2)
- No women No Peace (3)
- No women No Peace (4)

Focus sur les femmes réfugiées : vision centrée des camps


Afin de traiter ce sujet de manière globale, il est important de faire un focus sur les femmes victimes, celles qui ont besoin d’aide, celles pour qui les femmes humanitaires sont indispensables.
Gardons à l’esprit que les femmes et les enfants sont les plus touchés par les catastrophes et représentent 75% des personnes déplacées dans le monde aujourd’hui. Les femmes sont plus vulnérables que les hommes face aux situations de crise comme les catastrophes naturelles, les guerres, les épidémies etc., qu’il s’agisse de la santé, de la défense, des injustices subies du fait que ce soit des femmes.
La guerre syrienne actuelle représente une véritable catastrophe du point de vue humanitaire. 50 % de la population syrienne déplacée est constituée de femmes, soit environ 2 millions.
Comment ces femmes survivent aux conditions extrêmes de vie qu’elles affrontent chaque jour ? Leurs besoins en tant que femmes sont-ils entendus ? Sachant qu’il est très difficile d’obtenir des témoignages, ce mémoire se base essentiellement sur des études et des interviews publiques.

D’un point de vue sanitaire, il est difficile pour une femme réfugiée, vivant dans une société conservatrice, d’obtenir des soins spécifiques. Pourtant, ces femmes sont confrontées à des risques accrus en raison des déplacements, de la dégradation des structures, et doivent recevoir une aide supplémentaire par rapport aux hommes. Selon UN Women, bien souvent, les besoins spécifiques des femmes vivant sous la loi musulmane sont insuffisamment pris en considération : « La vie dans le camp poussiéreux se révèle particulièrement difficile pour Mariam et d’autres femmes musulmanes traditionnelles ici […] Nombre d’entre elles sont soignées pour des problèmes rénaux, car elles n’osent pas sortir de leur tente dans la journée pour se rendre aux toilettes. En effet, les normes du Purdah (isolement des femmes) n’y sont pas toujours respectées. » [1] .
Une visite dans un camp de réfugiés au Liban, à la frontière syrienne, a été effectuée pour cette étude. Malgré les difficultés à obtenir des moments privilégiés, à savoir, seule, avec des femmes, quelques informations ont néanmoins été collectées.
En effet, en ce qui concerne les besoins hygiéniques féminins, le responsable du camp a assuré que les femmes recevaient un kit « spécial femme » une fois par an, dans lequel sont mises à disposition des protections hygiéniques principalement.
De plus, si une personne a besoin d’être conduite d’urgence à l’hôpital (une femme enceinte par exemple), il lui suffit de montrer son certificat d’enregistrement de l’UNHCR, et elle est prise en charge immédiatement, sans avoir besoin de payer quoi que ce soit [2].

UN Women a effectué un constat alarmant de la condition des femmes réfugiées syriennes. En effet, « Près d’un demi-million de Syriennes, réfugiées à l’étranger ou encore en Syrie, sont enceintes et ont besoin de soins de santé maternelle. » [3] .
De plus, pour des raisons culturelles, certaines femmes ne conçoivent pas d’être examinées par du personnel soignant masculin. Cela représente une réelle difficulté pour le personnel humanitaire mais démontre que le personnel humanitaire féminin est indispensable. Un témoignage recueilli par UN Women relate : «  Dans le camp de personnes déplacées de Jalala, les parents de Saira Bibi, âgée de 10 ans, ont refusé qu’un médecin homme examine leur fille alors qu’elle souffrait de maux d’estomac aigus. Ce problème est largement répandu et les médecins qui ont visité les camps de personnes déplacées soulignent que cela exacerbe les défis sanitaires » [4].

Certes, les auscultations médicales effectuées par des hommes peuvent poser certains problèmes, mais plus généralement, la présence des hommes dans les camps est source de malaise important chez les femmes réfugiées, et cela pour plusieurs raisons.
Les toilettes publiques des camps sont un exemple extrêmement récurrent dans les témoignages de familles réfugiées car elles représentent un danger pour les filles si bien que dans certaines situations elles refusent d’y aller. Amnesty International, dans un rapport concernant la condition des femmes réfugiées, déclare : « Des femmes ont également dit avoir dû utiliser les mêmes salles de bains et douches que les hommes  ». En effet, une femme a raconté à Amnesty International que dans un centre d’accueil en Allemagne, des réfugiés de sexe masculin allaient regarder les femmes lorsqu’elles utilisaient la salle de bains. « Certaines ont pris des mesures extrêmes, arrêtant de s’alimenter ou de boire afin d’éviter de devoir aller aux toilettes lorsqu’elles ne se sentaient pas en sécurité.  » [5].
Dans les camps, les femmes et les filles ne sortent que très rarement de leur habitat de fortune, principalement par peur des agressions, comme le démontre le graphique suivant :

Gender-based violence and child protection among syrian refugees in Jordan, with a focus on early marriage
La vulnérabilité des femmes réfugiées est très largement exploitée par les hommes réfugiés, les passeurs, les gardiens, les policiers, et cela, à travers les nombreux pays dans lesquels elles partent en quête de survie.
Selon des estimations de UN Women, « 1 femme sur 5, réfugiée ou déplacée, dans des situations humanitaires difficiles, a été victime de violences basées sur le genre—ce qui est vraisemblablement une sous-estimation, étant donné les obstacles liés à la divulgation de ces faits. » [6].

Les violences sexuelles sont un fait indéniable. Aujourd’hui très largement dénoncées par un grand nombre d’ONG de défense des Droits de l’Homme, de défense des femmes, de l’ONU etc., beaucoup d’efforts restent à faire et les femmes humanitaires ont un rôle important à jouer. En effet, « Il est plus facile pour des femmes victimes de dénoncer ces faits à des femmes qu’à des hommes et de se faire soigner par des femmes que par des hommes, les conséquences médicales des violences sexuelles étant particulièrement atroces. » [7].
Lorsque l’on parle de violence sexuelle on utilise le terme Gender Based Violence (GBV). Des dispositifs pour traiter ces problèmes GBV sont majoritairement mis en place dans les camps, or la plupart des filles et femmes réfugiées ne sont pas au courant de leur existence. Selon une enquête de UN Women [8], 83 % des interviewées ne savaient pas qu’un service lié au GBV était disponible dans leur communauté. Il semblerait que la plupart du temps elles choisissent de rapporter les faits à d’autres familles plutôt qu’aux services ou à la police et beaucoup semblent plus à l’aise de s’en référer à un représentant religieux, généralement l’imam local. Les services GBV doivent encore beaucoup travailler pour gagner la confiance de ces femmes.
Or ces femmes ont besoin d’une aide médicale sérieuse mais aussi psychologique. Une femme médecin de l’ONG Gynécologie Sans Frontières ayant œuvré dans le camp de Calais, explique que certaines femmes sont tellement traumatisées qu’elles n’ont plus leurs règles.

Alors comment faire face aux besoins accrus des femmes réfugiées ? Plusieurs solutions existent.
Certains camps se disent « exemplaires » comme le « Camp cinq étoiles » du Croissant-Rouge émirien appelé Mrajeeb Al Fhood , situé à Zarqa en Jordanie. Ce camp n’accepte pas en son sein les hommes seuls. L’espace est sécurisé et ne pratique pas les entrées et sorties des refugiés « au compte-goutte ». Ce camp offre des logements en préfabriqué confortables avec salle de bain et eau courante, ce qui permet aux jeunes filles de ne pas aller aux toilettes publiques. Mais ce type de camp reste une exception, et ne traite pas le problème de violences sexuelles à la source. En effet, mieux vaut impliquer les hommes en leur donnant une formation. C’est pourquoi certaines ONG permettant des services liés aux GBV offrent également des classes de prévention sur la santé, sur la reproduction, et les conséquences des violences sexuelles.
On pense également au camp pour femmes réfugiées en Jordanie, le Za’atari Camp. On y compte environ 200 réfugiés dont 80 % de femmes. Ce camp permet aux réfugiés de travailler en échange d’argent (fabrication de vêtements, de bijoux etc), de prendre des cours de langues, d’informatique, de littérature anglo-saxonne et arabe mais surtout des cours donnés par UN Women sur la santé mentale et physique, la vie parentale, et surtout sur les relations hommes/femmes qui engagent le dialogue sur les violences et l’égalité des sexes [9].
De plus, il est important pour le personnel humanitaire de garder à l’esprit les difficultés provoquées par la promiscuité entre les hommes et les femmes dans les camps (les files d’attentes, les toilettes etc.) lors de la conception des projets afin de limiter au maximum des violences liées au genre.

Les femmes sur le terrain


Les mentalités sont de plus en plus conscientes de ce besoin absolu de femmes humanitaires. En effet, les femmes ont eu un rôle fondateur dans la création d’organismes humanitaires internationaux et continuent de jouer un rôle essentiel dans la résolution de conflits et le maintien de la paix.

Article suivant : No women No Peace (6)


[1Article « L’histoire d’une femme dans les camps au Pakistan », ONU News, 14 juillet 2009

[2Interview dans le camp de réfugiés au Liban, à la frontière syrienne appelé « Sakr One », réalisé par Penelope G. le 7 mai 2016 (Cf Annexe n° 2)

[3UN Women, rubrique « faits et chiffres » de leur site web

[4Article « Pakistan – La santé des personnes déplacées inquiète », IRIN, 8 juillet 2009

[5Article : « Les femmes réfugiées risquent agressions, exploitation et harcèlement sexuel lors de leur traversée en Europe », Amnesty International, 18 janvier 2016

[6UN Women, rubrique « faits et chiffres » de leur site web

[7Article « La femme est-elle l’avenir de l’humanitaire ? », Humanitaire n°25, juin 2010, p3

[8Enquête « Gender-based violence and child protection among syrian refugees in Jordan, with a focus on early marriage », INTER-AGENCY ASSESSMENT, UN WOMEN, juillet 2013 - Cette enquête a été réalisée par Queen Zein Al-Sharaf Institute for Development (ZENID) et a travaillé en collaboration avec UNICEF, the Jordanian Women’s Union (JWU), the Family awareness ans Counceling Centre ainsi que the International Rescue committee (IRC) pour récolter toutes les données nécessaires à la création du questionnaire, des interviews et des focus groups

[9Article « The Refugee Women of Jordan’s Za’atari Camp », UN Women, video

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Par laurent, Penelope, publié le dimanche 13 novembre 2016
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