Rubrique Environnement

Elles disparaissent... [MàJ]

C’est un tweet qui nous a donné envie d’en savoir un peu plus sur les causes probables de la disparition des abeilles. Il nous fallait aussi comprendre comment l’information circule et de quelle manière sur les sites web et les réseaux sociaux. Et enfin, pourquoi deux études sur la mortalité des abeilles ont des conclusions diamétralement opposées.
Tout commence donc avec ce tweet daté du 8 juin, une éternité pour les habitués des réseaux sociaux !

















On clique sur le lien et nous voilà sur un site web. A la lecture de l’article, il apparaît qu’une étude effectuée aux Etats-Unis mettrait en avant la responsabilité d’un virus très contagieux, transmis par la mite parasite "Varroa" entraînant la mort des abeilles. Mortalité qui ne serait pas due selon l’étude à des pesticides, mais simplement à un pathogène viral ayant accru sa fréquence de 10% à 100% au cours des dernières années. L’information est même relayée par le blog des amateurs de miel (à lire ici).
Nous savons maintenant qu’un acarien parasite, originaire de l’Asie du Sud-Est, serait donc la cause d’une mortalité importante des abeilles dans le monde.
Mais que dit exactement cette étude ? Car jusqu’à présent, nous ne connaissons pas la source de cette information. Heureusement, l’article des amateurs de miel cite la revue Science (ce que ne fait pas l’article de Maxisciences). Une recherche plus tard via Google et nous trouvons enfin l’étude sur le site de la revue.















Le résumé de cette étude indique ceci :

Emerging diseases are among the greatest threats to honey bees. Unfortunately, where and when an emerging disease will appear are almost impossible to predict. The arrival of the parasitic Varroa mite into the Hawaiian honey bee population allowed us to investigate changes in the prevalence, load, and strain diversity of honey bee viruses. The mite increased the prevalence of a single viral species, deformed wing virus (DWV), from 10 to 100% within honey bee populations, which was accompanied by a millionfold increase in viral titer and a massive reduction in DWV diversity, leading to the predominance of a single DWV strain. Therefore, the global spread of Varroa has selected DWV variants that have emerged to allow it to become one of the most widely distributed and contagious insect viruses on the planet.

Ce qui avec Google Translator donne en français....

Les maladies émergentes sont parmi les plus grandes menaces pour les abeilles. Malheureusement, où et quand une maladie émergente apparaît sont presque impossibles à prévoir. L’arrivée de l’acarien parasite Varroa dans la population d’abeilles mellifères Hawaiian nous a permis d’étudier les changements de la prévalence, la charge et la diversité des souches de virus d’abeilles mellifères. L’acarien a augmenté la prévalence d’une seule espèce virale, le virus des ailes déformées (DWV), à partir de 10 à 100% au sein des populations d’abeilles, qui a été accompagnée par une augmentation de millions de fois dans titre viral et une réduction massive de la diversité DWV, conduisant à la prédominance d’une seule souche DWV. Par conséquent, la propagation mondiale de Varroa a choisi variantes DWV qui ont émergé pour lui permettre de devenir l’un des virus d’insectes les plus largement distribués et contagieuse de la planète.

Nous sommes donc en présence de la source de l’information, celle qui le jour de sa parution a alimenté les réseaux sociaux comme les sites web. C’est du sérieux et nous ne pouvons que croire l’étude en question.
A ce sujet, il est étonnant de voir qu’à chaque fois le mot "étude" est employé sans donner vraiment de valeur à celle-ci ne serait-ce qu’en la citant ou en donnant le lien. Un manque de temps, une information qui se doit d’être vite publiée, etc...? Nous ne jugerons pas ici, simplement nous constatons.

Lors de la lecture de l’article de Maxsciences, un commentaire avait attiré notre attention.






Nous cherchons à comprendre le rapport entre l’étude et cette interdiction d’un produit nommé Cruiser, dont le nom nous fait plus penser à celui d’un char britannique de la seconde guerre mondiale qu’à un insecticide. Cruiser OSR est commercialisé par la société suisse Syngenta avec comme principale molécule active le thiamétoxam.
Mais pourquoi une telle interdiction comme il est fait mention ? Nous retrouvons un tweet de ministère de l’Agriculture et de l’agroalimentaire daté du 1er juin.

Un ministre faisant une déclaration, c’est important ! Désirant donc en savoir un peu plus, ne serait-ce que prendre connaissance de ses propos, direction le site du ministère de l’agriculture et de l’agroalimentaire. Effectivement, nous trouvons le texte (format Pdf) de la déclaration ou encore ici sur le site du ministère de l’agriculture [1].
Une nouvelle fois, on nous parle d’une étude mais laquelle ? Que contient-elle ? Sur la page du site web du ministère de l’agriculture vous pouvez consulter l’avis (format Pdf) de l’ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail). Dans le texte de l’agence, on trouve (enfin) le titre de l’article, le nom des auteurs, sa date de parution et le nom du magasine, permettant d’appuyer la décision prise. Nous allons une nouvelle fois sur le site de Science pour y trouver la parution en question.












Le résumé de cette étude indique ceci....

Nonlethal exposure of honey bees to thiamethoxam (neonicotinoid systemic pesticide) causes high mortality due to homing failure at levels that could put a colony at risk of collapse. Simulated exposure events on free-ranging foragers labeled with a radio-frequency identification tag suggest that homing is impaired by thiamethoxam intoxication. These experiments offer new insights into the consequences of common neonicotinoid pesticides used worldwide.

Ce qui avec Google Translator donne en français...

L’exposition non-létaux des abeilles mellifères au thiaméthoxame (néonicotinoïde pesticide systémique) provoque une forte mortalité due à l’échec de ralliement à des niveaux qui pourraient mettre une colonie à risque d’effondrement.
Des événements d’exposition simulés sur en liberté butineuses marquées avec une étiquette d’identification par radio-fréquence suggèrent que homing est altérée par l’ivresse thiaméthoxame.Ces expériences offrent de nouvelles perspectives dans les conséquences des pesticides néonicotinoïdes couramment utilisés dans le monde entier.

Il y a donc un risque pour les abeilles lors de l’utilisation de l’insecticide Cruiser OSR par les agriculteurs. Ce qui ne fait maintenant aucun doute vu les conclusions données par les scientifiques. Encore une fois, c’est du sérieux et nous ne pouvons que croire cette publication.
Mais qui croire ? La première étude ou la seconde ? Qui se trompe ? Les premiers chercheurs ou les seconds ? Que penser d’une parution à des dates assez rapprochées ? Nous y reviendrons plus loin.

Maintenant intéressons-nous à la société commercialisant le produit en question ? Sur le site de Syngenta, la déclaration du ministre de l’Agriculture ne semble pas faire partie des préoccupations immédiates puisque nous ne trouvons rien s’y rapportant. A l’analyse des informations mises en ligne, tout est fait grâce à cette société pour le bonheur de l’humanité d’aujourd’hui pour demain mais rien sur d’éventuels risques avec "l’exposition à une dose sub-létale d’une subtance néonicotinoïde augmentant indirectement le taux de mortalité des colonies en agissant sur le retour à la ruche des abeilles butineuses".

Que représente pour Syngenta malgré ses beaux discours, l’avenir des abeilles ? Rien du tout, ne cherchant qu’à faire des profits à courts termes et non sur le long terme sans penser à l’humain. Syngenta a la même démarche, que les industriels de la cigarette dans les années 50 déclarant "Nos produits sont sains. La preuve il y a même du miel dedans." Depuis, on a apprit qu’ils savaient qu’ils étaient mortels !

Bref, tout tourne dans le meilleur des monde. Nous y trouvons même un article (daté du 22 mai) de Mr Mik Mack, CEO de Syngenta, paru dans le Wall Street Journal. Intitulé "Le siècle de l’Afrique peut être réel", il constate que "le continent peut être en sécurité alimentaire au bout d’une génération. C’est une aubaine pour les entreprises et l’humanité même." On remarquera qu’il place en premier les entreprises (la sienne sûrement !) et en second ceux qui habitent le continent africain !
Si vous avez lu l’article (inaccessible depuis la rédaction de ce papier) que vous pouvez retrouver sur le site du journal WSJ , l’auteur nous informe qu’il se trouvait aux Etats-Unis lors du sommet du G8 et a rencontré des dirigeants des pays africains. Bonne initiative de sa part nous en conviendrons. Surtout quand il s’agit de penser à sa société avant l’humain !
Mais revenons aux abeilles et plus précisément de la présence de Mr Mik Mack (cela ne s’invente pas !) aux USA. Bien sûr, il a pu discuter avec des dirigeants, bien sûr il était là pour pérenniser peut-être des contrats, bien sûr... mais il a aussi dû parler avec d’autres interlocuteurs, de la publication mettant en cause son insecticide, mise en ligne sur le site du magazine Science le 29 mars 2012 et publié le 20 avril.












Or la publication mettant plutôt en cause un acarien parasitaire, parait le 8 juin 2012, soit à peine trois semaines après sa venue aux USA et 8 jours après la déclaration du ministre. De plus, la publication ne passe pas par la "case" mise en ligne avant d’être publié mais est directement proposée dans l’édition papier.















Soyons réalistes, une telle étude accusant de manière directe votre société, doit agacer comme lorsqu’une abeille vient tourner autour de vous.
Alors y-a t-il eu des pressions ? A t-on cherché à contrecarrer de manière directe une étude qui met en grande partie en péril la société Syngenta ? A-t-on enfin cherché à clore un débat en mettant en avant le savoir des scientifiques par rapport à des "impressions" que peuvent avoir des professionnels du miel ? Nous ne répondrons pas à ces questions, mais simplement nous les posons. Nous ne mettons pas en cause la société, nous nous interrogeons ! En tout état de cause, la société Syngenta refusera comme elle le fait jusqu’à présent de reconnaitre que les produits qu’elle vend, porte atteinte à la vie même des abeilles et par là-même un danger pour l’espèce humaine. En effet, le marché étant trop important pour elle et surtout pour ses actionnaires, elle n’hésitera pas à "casser" par voie légale ou non, toute opposition ou toute information pouvant porter atteinte à son image.

Mais au fait, que pensent les hyménoptères des études ? Ne désirant pas nous "répondre", nous nous sommes tourné vers ce reportage d’Arte Radio, interviewant des apiculteurs. Ils connaissent le langage des abeilles mieux que quiconque, puisqu’elles leurs parlent encore. Avant qu’elles ne meurent à jamais. ?



[MàJ] La chaîne Arte Tv, diffuse le jeudi 13 septembre à 14h55 (pas de rediffusion), le documentaire "Le mystère de la disparition des abeilles" de Mark Daniels. Une nouvelle fois, la folie industrielle de l’homme est montrée du doigt, mais combien de documents de ce type faudra t-il pour qu’enfin il prenne conscience qu’il est entrain de se tuer.
Sur la page dédiée à ce documentaire, vous trouverez des informations complémentaires mais aussi des interviews vidéos exclusives.

Mais que nous dit ce document ? "Des ruches désertées. À l’extérieur, pas de cadavres. À l’intérieur une reine en bonne santé, des larves viables et une poignée de jeunes ouvrières affaiblies. Mais nulle trace des ouvrières. C’est le syndrome d’effondrement des colonies, un mal foudroyant qui décime les colonies d’abeilles par centaines de milliers depuis 2006. Cette situation d’urgence menace de précipiter un peu plus le déclin inexorable des abeilles. Elles constituent un rouage irremplaçable de notre agriculture. Sans abeille, pas de pollinisation des fleurs, et sans pollinisation, pas de fruits ni de légumes.
Contrainte de trouver une solution, l’humanité est confrontée à un problème aux ramifications multiples et entrecroisées, que le film de Mark Daniels décortique point par point. Il plante ainsi sa caméra dans les gigantesques champs d’amandiers de Californie, dont le poids dans l’économie locale entraîne les agriculteurs dans une perpétuelle fuite en avant. En manque d’abeilles en 2005, ils en importent en masse d’Australie ; un an plus tard, le syndrome d’effondrement des colonies apparaît. Saturant leurs plantations de pesticides, obligeant des milliards d’abeilles à des transhumances éreintantes, remplaçant fréquemment leurs reines, ils jouent aux apprentis-sorciers de la biologie.
Aujourd’hui, les études scientifiques ont prouvé que nous devons faire face à une multiplicité de facteurs. Mais récemment, de nouvelles recherches ont révélé que les interactions entre ces différents facteurs amplifient fortement leurs effets. Impossible, par exemple, d’incriminer les seuls pesticides comme dans les années 1990. En revanche, combinés à un virus, ou à un champignon, les effets de ces produits pourraient être multipliés. Est-ce là la réponse à l’énigme ?
Efficace et rigoureuse, l’enquête menée par Mark Daniels, qui a nécessité 18 mois de tournage, réussit le tour de force de rendre avec clarté un problème aux enjeux complexes. Dans les champs où les abeilles butinent, derrière l’œilleton des microscopes ou auprès d’un apiculteur écossais philosophe, sa caméra fait le tour d’une planète apicole expressive et diverse, qui doute et s’interroge."
Comme nous pensons à vous, nous avons retrouvé le document en question. Bon visionnage et n’hésitez pas à nous dire ce que vous en pensez dans le forum de l’article.


[1Comme il semble que certaines sources ayant permis d’alimenter cette enquête disparaissent, nous avons décidé de garder certains de ceux-ci bien au chaud. Ainsi dans le cas ou nous pourriez plus consulter la page avec la déclaration du ministre, vous pouvez retrouver celle-ci, en cliquant ici


Par Joelle, publié le dimanche 2 septembre 2012
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