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Aurons nous demain le droit de savoir ?

De tous temps, le savoir du peuple a fait peur aux gouvernants. Mais de quel savoir parlons nous et comment se transmet-il et sommes nous aujourd’hui en train de perdre la liberté de nous informer ?
Il y a d’abord le savoir se transmettant oralement avec la difficulté pour le communiquer de se déplacer avec comme corolaire une déformation de l’information entre ce qui est entendu, retenu et transmis.
Avec l’invention de l’imprimerie le savoir est devenu écrit et donc restant dans le temps, permettant ainsi au lecteur de lire mais aussi d’analyser, d’apporter sa réflexion et d’ouvrir son esprit à d’autres points de vues. De plus, si dans l’oralité l’auteur est en somme multiple, avec l’écrit il est unique et donc identifiable. On peut soit l’admirer soit le détester et même comme c’est le cas encore aujourd’hui l’emprisonner/supprimer.
Dans ces deux principes, le récepteur (celui qui écoute ou lit) est d’une certaine manière sélectionné. En effet, on ne transmet pas les mêmes informations à une personne que l’on connait à celle qui nous est étrangère. De même, le lecteur aura choisi de lire tel ou tel écrit car entendu parlé, apprécié déjà l’auteur ou considère qu’il apporte un éclairage nouveau sur un point de vue ou situation.
Démocratisé depuis les années 1990, aujourd’hui en 2015, le savoir est en quelque sorte universel avec l’outil de l’Internet. Accessible à tous [1] il conjugue oralité et écrit. Il permet quelque soit le lieu d’accéder à l’information que nous désirons de manière instantané et sans limitation de temps et permettant aussi de participer, d’échanger et de se rencontrer.
Mais ce moyen de transmission du savoir fait peur aux gouvernants de quelques pays que ce soit. En effet, ils considèrent que l’information qui circule, ce doit d’être connue de lui, filtrer et dans le pire des cas censurée. Or, cette neutralité de l’Internet est depuis sa démocratisation en France, l’objet d’"attaques" répétées.
Déjà en 1996, avec l’amendement Fillon rejeté par le Conseil constitutionnel, le 24 juillet de la même année. Comme le soulignait cet article du journal Libération, "ce projet du ministre délégué aux Télécommunications, adopté en juin par le législateur, prévoyait que les fournisseurs d’accès soient exonérés de responsabilité pour les informations véhiculées sur le réseau qu’ils mettaient à disposition de leurs abonnés. A la condition de se conformer à deux principes : la fourniture de logiciels de filtrage permettant un contrôle parental et le respect d’une « liste noire » de contenus non conformes à la loi, établie par le Conseil supérieur de la télématique".
En 2010, le président Nicolas Sarkozy, en visite au Vatican déclara ..."Réguler internet pour en corriger les excès et les dérives qui naissent de l’absence totale de règles, c’est un impératif moral ! [...] Il n’y a pas de liberté sans règles. La loi de la jungle, la loi du plus fort, du plus malin, du plus cynique, c’est le contraire de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, c’est le contraire de la civilisation." Suite à ces déclarations le député socialiste Patrick Bloche osait dire... "ces propos sont l’illustration parfaite que Nicolas Sarkozy n’a rien compris à ce qu’est Internet. Face au Pape, le chef de l’Etat s’est présenté "en bon catholique qui lutte contre l’immoralité". Sarkozy diabolise tellement Internet que sa visite au Pape s’apparente à une vraie séance d’exorcisme".
Si jusqu’à présent les gouvernements de droite n’avaient été (presque) que dans les paroles pour réguler l’Internet, l’actuel gouvernement de gauche vient avec la loi sur le renseignement adoptée (accès abonné) par une large majorité du Parlement, d’enlever une bonne partie de l’impartialité du réseau mais aussi de réduire considérablement nos libertés. Et ceci dans une indifférence presque totale.

Si cette transmission du savoir, car il s’agit bien de cela, est enlevé aux français avec toutes les dérives que cela suppose, alors il faut s’attendre à tout. Même, si nous avions ici même déploré le nombre peu important de manifestants le 16 avril, contre la présentation de cette loi à l’Assemblée Nationale, quelques associations continuent de se battre. Nous en voulons pour preuve French Data NetWork, qui vient de transmettre au Conseil constitutionnel un Amicus curiae. Pour bien comprendre les enjeux, une vidéo permettant de mieux cerner le travail bénévole effectué par ses militants.

Et demain ? Demain, il est a espérer (touchons du bois) que le Conseil Constitutionnel déclarera que cette loi n’offre pas toutes les garanties de libertés pour le peuple français. Car comme l’écrit Benjamin Bayart, avec cette loi on y trouve une "logique liberticide d’opportunisme politique : dans la foulée des attentats de janvier à Charlie Hebdo, on profite de l’émotion générale pour passer ce texte, le plus vite possible, en essayant de réduire les débats au maximum". Donc perte du savoir ! Les français sont-ils prêts à accepter un tel recul ? L’avenir nous le dira, mais en tout état de cause, il s’agit de se battre (ne serait-ce qu’en soutenant ces quelques associations) pour ne pas entendre demain de la bouche de nos enfants "Elles sont ou nos libertés que vous avez perdus ?".


[1Dans la plupart des cas, il faut bien sûr un accès au réseau passant par un opérateur Fournisseur d’Accès à l’Internet (FAI) gratuit ou payant.


Par laurent, publié le vendredi 26 juin 2015
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